Droit

  • Libre-échange mondialisé, développement des nouvelles technologies financières ou culturelles, juridictions nationales contre Cour européenne, mais aussi recours d'ouvriers licenciés contre des plans sociaux, actions collectives d'actionnaires ou procès d'irradiés pour mise en danger de la vie d'autrui : il n'est de jour où se produisent, sous nos yeux, des mutations contemporaines du droit. Or la situation du droit est des plus paradoxales : pratique qui vise à ordonner les rapports sociaux et les échanges économiques, son importance pour le fonctionnement des sociétés et pour sa compréhension conduit trop souvent encore la Faculté à enseigner le droit comme un savoir strictement clos sur lui-même, qui se construit théoriquement en s'interrogeant seul sur sa propre rationalité et ses fondements. Le droit serait, en surplomb des sociétés, une norme. Chaque jour, mobilisé au coeur de la société pour faire avancer des revendications ou atténuer des obstacles à la libre circulation des biens, le droit est une source, dont s'inspirent, par exemple, citoyens ou lobbies pour faire triompher leurs causes. En ce sens, nul ne peut échapper désormais à la question : à quoi aujourd'hui sert le droit ?

  • "Il paraîtra plaisant de parler de nation européenne à l'heure où certains peuples de l'Europe affirment leur volonté de s'accroître aux dépens de leurs voisins avec une précision que l'histoire n'avait jamais vue, où les autres s'attachent, avec une force accrue d'autant, à conserver leur être menacé, où les moins appétents, parce que les mieux repus, n'admettent pas de résigner la plus petite partie de leur souveraineté. Pourtant, au sein de chacun de ces peuples, il existe des hommes qui veulent unir les peuples, des hommes qui pensent à "faire l'Europe". C'est à eux que je m'adresse. Souhaitant de donner à leur désir au moins l'incarnation verbale, je les nomme la nation européenne.

    Je ne m'adresse pas à tous. Parmi ces hommes, les uns cherchent ce que l'Europe, pour gagner l'existence, devra faire dans l'ordre politique, d'autres dans l'ordre économique, d'autres dans l'ordre juridique. Je n'ai point qualité pour retenir leur audience. D'autres pensent à la révolution qu'elle devra accomplir dans l'ordre intellectuel et moral. C'est à ceux-là que je parle."

  • Si, avec le temps, d'aucuns distinguent dans l'histoire des mouvements profonds, les contemporains ne perçoivent que des sauts de puce. En 1996, une paix précaire s'est instaurée en Bosnie, mais l'heure de la démocratie n'a encore sonné ni en Serbie ni en Croatie. Les élections présidentielles ont permis à la Roumanie de tourner la dernière page du communisme, mais la Tchétchénie est toujours en guerre, même larvée. L'Union européenne annonce pour bientôt la monnaie unique, mais de plus en plus nombreux sont ceux qui s'interrogent sur le coût social de la politique des devises fortes. Des permanences, en revanche, il semble bien que les contemporains en voient quelques-unes : un message universaliste des États-Unis qui conjugue ouvertement démocratie et intérêts nationaux étroits ; une Asie où la Chine entend redevenir la puissance dominante et soucieuse, à Hong Kong notamment, d'écraser toute velléité de pluralisme ; un Proche-Orient où la paix ne cesse de buter sur des politiques inspirées par des orthodoxies. Mais l'an 1996 aura, hélas, une fois encore prouvé que si tous les continents, dans la société des nations, sont égaux, il en est qui le sont moins que d'autres : l'Afrique notamment, où des millions de réfugiés ont été laissés dans la plus totale déréliction et qui a vu les puissances nanties chipoter sur l'organisation d'une intervention militaire internationale à but humanitaire, puis finalement tout annuler à quelques semaines des fêtes de fin d'année. Preuve, s'il en est, que vivent toujours des damnés de la terre. Depuis 1986, les chronologies établies par le service documentation du « Monde » sont rassemblées chaque année en un volume. Enrichies d'un index détaillé, elles sont devenues un outil indispensable pour tous ceux qui, par curiosité ou nécessité étudiante ou professionnelle, souhaitent se remémorer les détails de l'histoire en train de se faire.

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