François Hollman, Emmanuel Hollman

  • « Hier soir, pendant notre conversation, Matthew Zimmer avait qualifié Black Cat de fabulateur. Quelques instants plus tard, en pleine campagne politique, le sénateur Bull avait utilisé, par deux fois, le même adjectif pour désigner le contestataire. La coïncidence était trop grosse. J'associais l'image du propriétaire d'AMC et du politicien en train de converser pendant la soirée avec la définition de la Société : un groupement d'entreprises dont les intérêts convergent. Si ceux de Zimmer étaient évidents, j'ignorais les enjeux du sénateur dans cette affaire. Il allait falloir creuser. Ma décision était prise. Cette histoire flairait trop le scandale pour la laisser échapper, et elle me revenait de droit [...]. N'en déplaise à Lucy, j'étais l'homme de la situation, celui qui allait faire éclater la vérité au grand jour. Pour le reste, eh bien, j'improviserai. Julian Fowler, journaliste zélé, rusé et sans scrupule. » Idéalistes et salauds... Dissidents et stratèges politiques ombrageux... Antipodes extrêmes entre lesquels nous ne cessons de balancer lors de la lecture de ce thriller d'anticipation nerveux qui imagine un futur - pas si lointain - où le cynisme des puissants oeuvre patiemment et méthodiquement dans l'ombre et planifie l'impensable. De la vie pulvérisée de Julian qui fouille là où il ne faut pas à la chute sociale de Leveaux, ce flic à l'ancienne, du jusqu'au-boutiste et très opportuniste sénateur Bull au glaçant Jonas, homme de main aussi raffiné qu'impitoyable, le romancier dresse dans le même temps une série de portraits qui, loin de céder au manichéisme, rendent compte de tout ce que l'âme humaine peut avoir d'altruiste ou de ténébreux.

  • « Le commissaire Clairgris. Celui-là même qui m'a envoyé au trou. Qu'est-ce qu'il est venu foutre ici ? Pourquoi cherche-t-il Marcos ? Pourquoi m'a-t-il parlé de Cassius ? Cassius. Rien que le nom agit sur moi comme un suppo à la glycérine. Cassius. L'homme au-dessus des autres. Au-dessus des lois. L'homme que j'avais eu la mauvaise idée de défier. Qui m'avait brisé, dans tous les sens du terme. Cassius qui lui aussi cherche Marcos. Marcos. Broyé en deux temps le matin même. Recherché par les flics et par le caïd de la zone. Le père de Juanito. L'ex de Maria... Pas de bol, Paul. Le ticket que tu croyais gagnant ? Il manque un numéro, va falloir rembourser maintenant. Marcos qui revient au bercail cinq ans après. Qui apparemment me connaissait. Que je plante dans le gar... » Âpreté, violence et tragédie pour ce « Direct au paradis » qui, dans une filiation quasi tarantinesque, met en scène l'impossibilité de Manu, boxeur fraîchement sorti de prison, à échapper aux démons du passé. Composé comme un drame aux voix multiples, aux ressorts dramatiques et à l'écriture brute, ce roman choral et viscéral nous frappe bien, fort, avec fulgurance...

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