Cà et là

  • Derf Backderf a passé son enfance à Richfield, petite ville de l'Ohio située non loin de Cleveland. En 1972, il entre au collège, où il fait la connaissance de Jeffrey Dahmer, un enfant solitaire au comportement un peu étrange. Les deux ados se lient d'amitié et font leur scolarité ensemble jusqu'à la fin du lycée. Jeffrey Dahmer deviendra par la suite l'un des pires serial killers de l'histoire des États-Unis. Son premier crime a lieu à l'été 1978, tout juste deux mois après la fin de leur année de terminale. Il sera suivi d'une série de seize meurtres commis entre 1987 et 1991. Arrêté en 1991, puis condamné à 957 ans de prison, Dahmer finira assassiné dans sa cellule en 1994. Mon Ami Dahmer est donc l'histoire de la jeunesse de ce tueur, à travers les yeux de l'un de ses camarades de classe. Précis et très documenté, le récit de Derf Backderf (journaliste de formation) décrit la personnalité décalée de Dahmer qui amuse les autres ados de cette banlieue déshumanisée typique de l'Amérique des années 1970. Dahmer enfant vit dans un monde à part, ses parent le délaissent, il est submergé par des pulsions morbides, fasciné par les animaux morts et mortifié par son attirance pour les hommes. Personnage fascinant, voire attachant car presque victime de son environnement, Dahmer vit une implacable descente aux enfers vers une folie irréversible.

  • A 21 ans, J. B. se retrouve coincé de nouveau chez ses parents, dans un patelin du fin fond de l'Ohio. Il vient d'arrêter la fac et doit absolument trouver un travail pour ne plus avoir sa mère sur le dos en permanence. Suite à une annonce providentielle, il est engagé comme éboueur contractuel et est bientôt rejoint par Mike, un ancien copain de lycée. Ensemble, ils vont découvrir les joies du métier, se confronter aux habitants les plus dérangés de la ville, aux éboueurs de longue date, aux chiens errants et aux sacs poubelles mal fermés. Pendant une longue année, ils devront faire leur tournée quotidienne sous la pluie, la neige ou sous un soleil de plomb, persécutés en permanence par leur chef, l'infâme Will E.

  • Situé au début des années 1980, dans la banlieue d'Akron, une ville de la Rust Belt frappée par la crise économique, Punk Rock et mobile homes est une comédie déjantée dans le milieu de la musique punk. Le personnage principal, Otto Pizcok, dit « Le Baron », est en terminale et vit dans le parc de mobile-homes appartenant à son grand-oncle. Gros balèze féru du Seigneur des Anneaux à la personnalité un peu borderline, il est à la fois admiré et incompris de ses camarades de classe. Grand fan de musique punk, il fréquente assidûment The Bank, la principale salle de concerts punk d'Akron, alors appelée « The New Liverpool ». Grâce à son impressionnant aplomb, Otto parvient a se débarrasser de son image de nerd pour devenir le guide/roadie de sommités du Punk telles que Joe Strummer ou les Ramones. Il devient même chanteur, et parvient à ses fins avec la gent féminine, mais il finit par péter les plombs en plein concert et, comble de l'horreur, se retrouve seul à l'approche du bal de fin d'année.Avec ses personnages baroques, ses dialogues et situations rocambolesques, Punk Rock et mobile homes est à mourir de rire, tout en étant un véritable documentaire sur la scène punk des années 1980, telle que Backderf l'a lui-même connue dans sa jeunesse.

  • Avec l'Ère de l'égoïsme, Darryl Cunningham se penche sur les relations entre la politique et l'économie, et plus précisément sur l'évolution des doctrines libérales et leur rôle dans le déclenchement de la crise de 2008, puis dans la montée des droites extrêmes en Europe. Cunningham brosse le portrait d'Ayn Rand, auteure très influente aux Etats-Unis, à l'origine de la doctrine de l'objectivisme, qui a influencé les libertariens et de très nombreux hommes politiques américains. Il décrit également les mécanismes en cause dans cette crise et les ravages qu'elle a causés, parallèlement à un nouvel essor des politiques libérales et à la montée de l'individualisme dans nos sociétés. Confrontant pensées conservatrices et progressistes, il questionne le culte de l'argent et de la réussite individuelle, et cette idéologie qui a érigé l'égoïsme en vertu cardinale.

  • Née en 1880 dans l'Alabama, la petite Helen Keller devient aveugle et sourde à l'âge de dix-neuf mois, probablement des suites d'une méningite. Elle devient alors incapable de communiquer avec son entourage, si ce n'est avec quelques gestes maladroits. Sa vie va être bouleversée à l'âge de six ans quand ses parents engagent Annie Sullivan comme gouvernante. Annie Sullivan, alors âgée de 20 ans, vient de finir ses études à l'Institut pour aveugles Perkins. Elle-même mal voyante, elle a appris à enseigner la langue des signes dans cette institution précurseur. Elle va prendre en charge l'éducation de Helen Keller, et au fil des mois elle va réussir non seulement à établir un contact avec l'enfant, mais à lui apprendre le langage des signes, puis l'écriture. Les deux femmes resteront amie à vie.Helen Keller deviendra une figure de la société américaine, écrivain féministe, elle mènera également un combat politique, sera membre du parti socialiste américain et créera une fondation. Complémentaire des livres ou films existant à propos d'Helen Keller, cette bande dessinée est centrée sur l'histoire de cette extraordinaire rencontre et sur les nombreux obstacles contre lesquels va buter Annie Sullivan dans une famille très conservatrice du Sud des États-Unis. Une incroyable leçon d'humanité, magnifiquement dessinée par Joseph Lambert.

  • Avec Filmo Graphique, Edward Ross combine ses deux passions, le cinéma et la bande dessinée et nous fait (re)découvrir des pans entiers de l'histoire du cinéma.Edward Ross a fait des études de littérature et de cinéma avant de travailler pendant six ans au Festival International du Film d'Édimbourg, où il a vu des centaines de films. Dans son livre, il traverse toute l'histoire du cinéma, de sa création à la fin du XIXe siècle jusqu'à l'avènement de la 3D, à travers des analyses de films regroupés par grandes thématiques (la représentation du corps, le son, les décors, la voix, le temps...) et des citations de théoriciens du cinéma. Edward Ross a réalisé pour ce faire une sélection qui reflète son panthéon personnel, navigant des films grands publics les plus commerciaux à des longs-métrages beaucoup plus pointus, une sélection qui mélange les genres, les époques et les continents, de Star Wars à Hiroshima mon Amour en passant par Do the right thing.Au fil des pages, Edward Ross redessine des scènes iconiques du 7ème art, créant un impressionnant patchwork visuel et narratif constitué de plus de 300 films. Il compose ainsi une filmographie graphique, dans laquelle il se met en scène, à la fois scénariste, réalisateur et acteur.

  • "Après Une Métamorphose Iranienne et le Petit Manuel du parfait réfugié politique, Mana Neyestani réalise un fascinant docu-fiction à propos d'un tueur en série qui a sévi dans l'est de l'Iran au début des années 2000. Basé sur des entretiens filmés par deux journalistes proches de Mana Neyestani, L'Araignée de Mashhad retranscrit le parcours de Said Hanaï, qui, au prétexte de se conformer à des prescriptions religieuses, assassina seize femmes prostituées ou droguées en quelques mois dans la ville sainte de Mashhad, située au nord-est du pays. Le tueur amenait toutes ses victimes chez lui avant de les étrangler, d'où l'appellation par les médias de « meurtres de l'araignée ».Alternant véritables interviews du tueur et passages fictionnels, Mana Neyestani dévoile aussi bien le point de vue du tueur, que celui de ses proches, de ses victimes, ou du juge en charge du dossier. Il met en lumière le poids d'une vision rigoriste de la religion dans cette ville, l'une des plus conservatrices du pays, où une partie de la population a manifesté en soutien au tueur après son arrestation. Combinant différents registres narratifs et graphiques en passant d'un protagoniste à l'autre, Mana Neyestani montre à travers ce fait divers une société malade, où ceux qui vivent en marge sont considérés comme des sous-humains, allant parfois jusqu'à justifier les pires extrémités."

  • Elmer

    Gerry Alanguilan

    Octobre 2003. La vie de Jake Gallo est un enfer, il n'arrive pas à trouver de travail, son père vient de faire une crise cardiaque, Son frère Freddie est devenu une star du cinéma, mais le plus difficile à avaler, ce sont les frasques sentimentales de sa soeur May qui s'est mise en tête d'épouser... un humain. Car les Gallo, comme les autres poules et coqs du monde entier, sont subitement devenus conscients en 1979 au grand désarrois de l'espèce humaine. Suite au décès de son père, Jake va découvrir l'histoire de sa famille et de son père, Elmer, qui fait partie de la génération des coqs qui ont dû apprendre à cohabiter avec les hommes.Elmer est l'histoire d'une famille de gallinacés qui lutte pour survivre dans un environnement hostile. Un véritable drame familial dans un monde où toute une catégorie de la population est ostracisée par la classe dominante, et où tous vivent dans un état de défiance mutuelle. A la fois drôle et émouvant, Gerry Alanguilan, maîtrise de bout en bout avec une candeur enthousiasmante cette parabole maquillée en chronique délirante. Philippin, il a auto édité Elmer entre 2006 et 2008. Elmer est le premier roman graphique philippin a être traduit en France.

  • Après La Machine à Influencer, consacré aux médias, le dessinateur Josh Neufeld s'associe au journaliste Michael Keller pour un reportage sur le big data et les données personnelles. Les utilisateurs de réseaux sociaux, téléphones portables, et de nombreux sites internet sont désormais fichés et suivis à la trace par des entreprises privées qui amassent des quantités phénoménales d'informations personnelles. Facebook, Google, Apple et consorts peuvent ainsi établir des profils très détaillés pour anticiper les besoins des leurs utilisateurs et adapter leurs politiques commerciales en fonction des comportements de chacun, mais cela va aller encore plus loin...Josh Neufeld et Michael Keller ont interviewé des spécialistes du domaine ; politiques, universitaires et chercheurs, pour un tour d'horizon de ces pratiques qui soulèvent de nombreuses questions et notamment celle des risques liés à l'exploitation de ces données. Neufeld et Keller abordent le sujet à travers de nombreux exemples concrets et questionnent également le principe des notes données à des services et des personnes, principe qui s'étend progressivement à des pans entiers de la société moderne. Avec humour mais également avec rigueur Neufeld et Keller montrent comment des gestes apparemment anodins risquent d'avoir un impact très concret sur notre quotidien dans un très proche avenir...

  • Pourquoi le chiffre de 50 000 victimes revient-il aussi souvent dans les médias américains ? Les journalistes devraient-ils annoncer leurs intentions de vote ? Internet radicalise-t-il nos opinions ? Ce sont quelques-unes des questions soulevées par Brooke Gladstone, journaliste spécialiste des médias pour la radio publique américaine NPR. Avec l'aide du dessinateur de bande dessinée documentaire Josh Neufeld, elle retrace dans La Machine à influencer l'évolution des médias d'information et des pratiques journalistiques. Des premières dérives de l'information sous l'Empire romain jusqu'aux errements des médias américains au moment de l'entrée en guerre contre l'Irak, Brooke Gladstone s'interroge et livre une grande leçon de journalisme.

  • Courtes distances

    Joff Winterhart

    Sam, jeune anglais désoeuvré de 27 ans, se remet d'une dépression chez sa mère quand, par un curieux concours de circonstances, il se retrouve engagé comme assistant d'un certain Keith Nutt. Quinquagénaire bedonnant que la mère de Sam ne laisse pas indifférent, Keith a une mini entreprise, KLN Ltd, spécialisée dans « la distribution et le transport », mais son travail semble consister uniquement à faire la tournée de petites entreprises des zones d'activité économique locales pour faire signer des papiers à des interlocuteurs que Sam ne voit jamais. Coincé dans la voiture de Keith la plus grande partie de la journée, Sam s'attarde sur les petits détails du quotidien de la ville et des habitants qu'il croise chaque jour. Dans un premier temps très distante, la relation de Sam et Keith évolue progressivement et les problèmes de communication cèdent le pas à une certaine forme de connivence. Talentueux portraitiste, Joff Winterhart s'attarde avec tendresse sur les détail des corps et des visages pour brosser le portrait de ces deux âmes esseulées. Poignant, drôle et brillamment dialogué, Courtes Distances confirme la singularité du travail de cet auteur. Sélection Officielle Angoulême 2019 Sélection Grand Prix de la Critique ACBD 2019 Meilleur roman graphique 2017, The Guardian

  • Après quelques 40 années de vie commune, Maggie et David Loony choquent leurs trois enfants en leur annonçant qu'ils se préparent à divorcer. Leur explication est des plus simples : « nous ne nous aimons plus ». Cette annonce lance une réunion de famille de 6 jours dans la maison proche de la mer (et peut-être hantée) de Maggie et David. Le fils aîné, Dennis qui n'accepte pas la décision de ses parents est également confronté à ses propres problèmes de couple. Claire, la cadette, élève seule sa fille de 16 ans et semble ne pas réagir au divorce. Enfin, Peter, le benjamin de la famille, un aspirant réalisateur paralysé par ses angoisses, se lance dans une aventure romantique avec une mystérieuse monitrice de colonie de vacance.

  • Après Une métamorphose iranienne, dans lequel l'auteur racontait avec retenue mais aussi une pointe de cynisme et d'humour son exil d'Iran, c'est à Paris que se déroule le nouvel ouvrage de Mana Neyestani. Suite à son arrivée en France début 2011, Mana et sa femme entament rapidement des démarches pour devenir réfugié politique. Après avoir testé de première main l'infernal système répressif iranien, Mana se trouve alors confronté à un univers certes beaucoup moins violent mais tout aussi kafkaïen pour les demandeurs d'asile, celui de l'administration française. Après un an et demis de tracasseries éreintantes, il parvient finalement à obtenir le statut tant convoité, ce qui en dit long sur les difficultés que peuvent rencontrer les demandeurs d'asile qui, pour la plupart, n'ont pas un dossier aussi documenté que le sien. Il décide alors d'en tirer un livre, entre bande dessinée autobiographique, autofiction et dessin de presse.Mana Neyestani raconte le quotidien d'un apprenti réfugié politique dans la ville-lumière, les tracasseries administratives poétiquement mises en scène, les fameux parisiens dont la réputation n'est plus à faire... Un Petit manuel du parfait réfugié politique à l'humour sec et tranchant.

  • Pittsburgh

    Frank Santoro

    Originaire de la ville de Pittsburgh (Pennsylvanie) où il habite
    toujours, Frank Santoro tente avec ce nouveau livre de comprendre
    comment ses parents, divorcés depuis près de 30 ans, en sont arrivés
    à ne plus s'adresser la parole alors qu'ils travaillent dans le même
    endroit. Il retrace l'histoire compliquée de sa famille, irlandaise
    du côté de sa mère et italo-écossaise du côté de son père en
    remontant aux prémices de la relation de ses parents, mariés très
    jeunes en pleine guerre du Vietnam. La vie de cette famille aux
    relations très conflictuelles tournait autour de la petite boutique
    du grand-père, dans cette ancienne ville industrielle dont la
    population est passée de près de 700 000 habitants dans les années
    1950 à tout juste 300 000 habitants de nos jours, une ville ruinée
    par les différentes crises économiques qui ont frappé la rust belt
    américaine, Narration poétique, effets de collage, mélange des
    registres graphiques et des techniques de dessin Frank Santoro
    continue d'expérimenter avec la grammaire de la bande dessinée,
    explosant les procédés narratifs et visuels habituels de
    l'autobiographie en bande dessinée, pour raconter l'histoire de ce
    divorce qui a bouleversé sa vie. Inédit, même aux États-Unis,
    Pittsburgh est une nouvelle oeuvre marquante de cette figure
    incontournable de la scène indépendante américaine. Sélection
    Officielle Angoulême 2019

  • Deux femmes

    Song Aram

    Dans ce récit intimiste, en grande partie autobiographique, l'autrice
    sud-coréenne Song Aram retrace l'amitié de deux femmes vivant entre
    Daegu (grande ville du sud du pays) et Séoul et qu'a priori tout
    sépare : leur caractère, leur rapport aux hommes, leur milieu
    familial... Gongju, une jeune femme plutôt réservée et originaire de
    la ville de Daegu, a abandonné ses études puis a travaillé comme
    serveuse en attendant de pouvoir trouver du travail dans la presse à
    Seoul. Elle et la très enjouée Hing-yeon se sont rencontrées sur
    Internet grâce à un blog et sont liées d'amitié une fois Gongju
    installée à Seoul. Après quelques années de galères à travailler
    comme rédactrice pour des tabloïds ou des sites de commerce, Gongiu
    apprend à Hong-yeon qu'elle a décidé de quitter Séoul pour retourner
    vivre dans sa ville natale et s'occuper de sa mère malade. Au même
    moment, Hong-yeon annonce à son amie qu'elle est enceinte et qu'elle
    va se marier alors qu'elle a toujours été contre l'idée du mariage.
    La vie de famille va être particulièrement éprouvante pour la jeune
    femme confrontée à sa belle-famille et à un mari peu bienveillant.
    Les deux femmes vont se suivre à travers une correspondance
    régulière. Les histoires délicatement intriquées de Hong-yeon et
    Gongju donnent un aperçu de la réalité de la société coréenne,
    conservatrice et patriarcale. Sélection Officielle Angoulême 2019

  • L'une d'elles

    Una

    Un récit personnel dévastateur sur les violences faites aux femmes sur fond d'affaire de l'éventreur du Yorkshire, le tueur en série qui a sévi en Angleterre et tué treize femmes entre 1975 et 1980. Nous sommes en 1977, Una a douze ans et vit dans le West Yorkshire. Un assassin sème la panique dans la région en s'attaquant à des femmes isolées, en majorité des prostituées. La police peine à résoudre l'affaire - en dépit de milliers d'heures passées à la recherche du tueur et alors que les forces de l'ordre ont interrogé plusieurs fois le meurtrier sans le savoir. L'incapacité des policiers à trouver le coupable soulève l'indignation à travers le pays. Dans la période où ces meurtres ont eu lieu, Una a été victime d'une série d'agressions sexuelles, agressions dont elle s'est par la suite sentie coupable. Retraçant son histoire personnelle, expliquant les raisons des ratés de l'enquête, fournissant des statistiques édifiantes sur le degré d'impunité des hommes coupables de féminicides et d'agressions sexuelles, L'une d'elles explore ce que signifie grandir dans une société où la violence masculine n'est jamais remise en question. Avec le recul, Una décrypte ce qui lui est arrivé il y a une trentaine d'années, se demande si quelque chose a vraiment changé et questionne nos sociétés qui imposent aux victimes de ces violences d'en payer elles-mêmes le coût. Prix Artémisia 2019 du combat féministe

  • Salvador de Bahia, Brésil, de nos jours. Les chemins de quatre habitants de la ville vont se croiser au pied du Fort de Notre-Dame de Monte Serrat, à l'occasion d'un fait divers. Cajù, un dealer à la petite semaine en galère, monsieur Ney, militaire à la retraite complètement névrosé et Richard, policier réputé mais mari exécrable en passe de se faire quitter par sa femme, Keira, se retrouvent tous impliqués dans un incident d'apparence anodine, mais qui va vite dégénérer en une situation dramatique. Tungstène est un polar d'une maîtrise confondante. Dans ce petit bijou noir, véritable mécanique de précision, les histoires des principaux protagonistes sont inextricablement liées les unes aux autres. Confrontés à une crise, ils se retrouvent poussés dans leurs retranchements, sur le point d'atteindre le point de rupture (le tunsgtène étant le métal ayant le plus haut point de fusion). Empruntant à la fois aux codes narratifs et visuels du comics, de la bd franco belge et du manga, Marcello Quintanilha met en scène avec maestria ce récit alternant scènes d'actions débridées et questionnements intérieurs, avec en toile de fond la réalité du Brésil d'aujourd'hui.

  • Freedom Hospital est la première bande dessinée de Hamid Sulaiman, artiste plasticien syrien qui a fui son pays en 2011 et trouvé refuge en France après une année dans la clandestinité. Sulaiman s'inspire d'histoires vécues par des personnes de son entourage pour raconter les débuts de la guerre en Syrie, des premières manifestations pacifiques de 2011 jusqu'aux prémices de Daech. Son récit est centré sur le Freedom Hospital, un hôpital clandestin créé par une militante pacifique, Yasmine, dans une ville imaginaire semblable à beaucoup de petites villes de province syriennes ... Dans cet hôpital cohabitent avec Yasmine une dizaine de personnages, malades et soignants, reflétant la diversité de la société syrienne, un kurde, un alaouite, une journaliste franco-syrienne, des membres de l'Armée libre et un islamiste radical. Leurs relations vont évoluer en fonction des événements. Engagement politique, trahisons, retournements d'alliance et l'horreur de la guerre sont au coeur de l'histoire de ce groupe d'individus pantins de l'histoire, pris dans une tourmente dont les enjeux les dépassent totalement. À travers ce terrible récit, mis en scène de façon expressionniste avec de très forts contrastes de lumière qui noient les hommes et la ville sous un déluge d'ombres et de lumière, Hamid Sulaiman pousse un cri de rage contre la guerre, pour l'amour et la paix.

  • La vie ordinaire, c'est un truc assez complexe », voilà la devise de Harvey Pekar, auteur de la mythique série American Splendor.Au début des années 60, Pekar, critique de jazz et collectionneur de vieux disques, rencontre Robert Crumb et découvre la bande dessinée underground. Fasciné par les possibilités offertes par ce medium, il développe un projet de série autobiographique et, incapable de dessiner, il convainc Crumb et un dessinateur local, Garry Dumm, d'illustrer les premières histoires. En 1976 il décide d'auto-éditer la série, à laquelle la fine fleur de la scène indépendante américaine va participer.Avec American Splendor, Harvey Pekar décrit le quotidien de la middle-class américaine, à travers sa propre expérience d'archiviste dans un hôpital public et ses relations sentimentales mouvementées, sans rien cacher de son caractère colérique ou des ses troubles maniaco-dépressifs. Il réalise également les portraits de personnages croisés ici et là et brosse un tableau désabusé de Cleveland, ville industrielle touchée de plein fouet par la crise des années 70. En se mettant ainsi en scène, Harvey Pekar, anti-héros d'une Amérique désenchantée après le choc du Vietnam, révolutionne le genre et créée la première série de bande dessinée autobiographique, qui influencera par la suite de nombreux auteurs et sera adapté au cinéma en 2003 (le film American Splendor remportera le Grand Prix du Festival de Sundance et sera sélectionné au Festival de Cannes cette année-là).

  • Fables Scientifiques est une bande dessinée documentaire dans laquelle Darry Cunningham déconstruit minutieusement certains des mythes qui entourent la science, souvent propagés par des conspirationnistes ou bien des média peu scrupuleux responsables de la viralité de ces théories fumeuses. Darryl Cunningham décode les fables qui ont façonné certains des thèmes les plus âprement débattus de ces cinquante dernières années. Il questionne dans le détail ces théories et se penche sur les controverses entourant la changement climatique, l'atterrissage sur la lune, le vaccin ROR (Rougeole, oreillons et rubéole), l'homéopathie, la théorie de l'évolution, la chiropractie et plus largement toute forme de négationnisme de la science, le dénialisme scientifique. Nourri des recherches approfondies et de nombreuses sources, la narration limpide, la ligne graphique sobre et l'utilisation d'illustrations photographiques permettent à Cunningham d'expliquer des questions complexes et controversées avec une facilité trompeuse. Fables scientifiques est une étape importante du journalisme d'investigation en bande dessinée.

  • Hermann Karnau est un jeune acousticien allemand, responsable de la sonorisation de meetings politiques nazis au début de la Seconde Guerre mondiale. Fasciné par les mystères de la voix humaine, il enregistre des centaines de voix au cours de la guerre puis procède à des expérimentations scientifiques pour le compte du IIIe Reich. Sa position l'amène à fréquenter Goebbels, le ministre de la propagande nazie, et plus particulièrement l'aînée de ses six enfants, Helga. L'adolescente, initialement très attachée à son père, découvre le véritable visage de celui-ci au fur et à mesure de l'avancée du conflit. Les mondes de Karnau et d'Helga se rejoindront finalement dans la noirceur la plus profonde, marquant la folie d'un système abject.

  • Rio, années 1870. Le jeune Sergio, âgé de 11 ans, entre au prestigieux pensionnat l'Athénée, réservé à la fine fleur de l'aristocratie et de la bourgeoisie brésilienne. Le pensionnat est dirigé d'une main de fer par son directeur, Aristarco, qui mélange un certain paternalisme avec l'humiliation en public des élèves aux mauvais résultats. Sergio se retrouve plongé dans cet univers violent dont il ne maîtrise pas encore les codes, où les enfants ont le choix entre devenir victimes ou tortionnaires. Au cours des deux années qu'il passera à l'Athénée, Sergio va se lier d'amitiés parfois troubles avec certains pensionnaires mais il va aussi se faire de dangereux ennemis, dans ce monde clos où les femmes sont presque absentes à l'exception de Dona Ema, la femme du Directeur, dont Sergio va s'amouracher.Roman d'apprentissage par excellence, en partie autobiographique, L'Athénée est adapté d'un ouvrage écrit par Raul Pompeia en 1888 et est considéré comme un classique de la littérature brésilienne. Brillamment adapté par Marcello Quintanilha, dont le dynamisme du découpage est à l'aune du comportement violent des enfants et des enseignants et avec une attention portée aux détails visuels qui donne vie aux nombreuses descriptions du roman d'origine, L'Athénée permettra à de nombreux lecteurs français de découvrir l'oeuvre singulière de Raul Pompeia.

  • Phagocytose

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    Nouveau livre des auteurs de Potlatch, Marcos Prior et Danide, Phagocytose est une satire réjouissante de la société de consommation et de l'ultralibéralisme. A travers une série d'histoires courtes très ironiques, les auteurs se penchent plus spécifiquement sur la récupération du discours politique de la gauche engagée par les médias mais aussi par des catégories sociales aisées, une posture qui ne conserve de l'action politique que ses signes extérieurs, symbolisée dans le livre par une chaîne de fast food nommée Marx Donald's... D'une sitcom basée sur la vie de Marx et Engels à une pseudo enquête à la Bourse de Barcelone en passant par un candidat qui torpille volontairement un entretien d'embauche, Danide et Marcos Priori appuient là où ça fait mal. Ils mettent en lumière l'absurdité de certaines pratiques commerciales, le marketing à outrance, la financiarisation de la société, la novlangue et les présentations powerpoint à tout crin. Des idées que Marcos Prior, le scénariste, avait déjà abordées dans Grand Hôtel Abîme (éditions Rackham). Le dessinateur, Danide, virevolte avec brio d'un registre graphique à un autre, adaptant son trait à l'esprit des saynètes, passant d'un dessin cartoon à un style semi-réaliste pour des fausses réclames, des annonces d'embauche délirantes et tutti quanti. Une lecture chaudement recommandée par les temps qui courent.

  • Vous avez mis des années à peaufiner le sourire niais que vous arborez dès que quelqu'un mentionne Proust ou Joyce devant vous. Vous êtes persuadé que L'Histoire de Pi est un une émission de télé-réalité et 1984 vous évoque Duran Duran ou la création de Canal +. Nous sommes là pour vous sauver ! 90 livres cultes à l'usage des personnes pressées est la solution idéale pour ceux qui n'ont pas le temps de lire toutes les pages de Gatsby le Magnifique ou d'Orgueil et Préjugé. Nous vous proposons La Nausée résumée en cinq phrases. Mort d'un commis voyageur en trois cases de bande dessinée. Bref, nous vous offrons la crédibilité littéraire dont vous rêviez pour vos dîners en ville, tout ça en moins de temps qu'il n'en faut pour épeler L'ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche.

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