Thomas Day

  • Dragon

    Thomas Day

    Bangkok. Demain. Le régime politique vient de changer. Le dérèglement climatique global a enfanté une mousson qui n'en finit plus. Dans la mégapole thaïlandaise pour partie inondée, un assassin implacable s'attaque à la facette la plus sordide du tourisme sexuel. Pour le lieutenant Tannhäuser Ruedpokanon, chargé de mettre fin aux agissements de ce qui semble bien être un tueur en série, la chasse à l'homme peut commencer. Mais celui que la presse appelle Dragon, en référence à la carte de visite qu'il laisse sur chacune de ses victimes, est-il seulement un homme ? « On le voit, contrairement à Antoine Volodine qui prône le post-exotisme, fondé sur la subversion de l'idée même d'Auteur, Thomas Day s'avère le tenant du pur-exotisme où l'écrivain s'affirme tel un vengeur masqué à l'assaut des tares de l'Humanité. » Philippe Curval

  • La voie du sabre

    Thomas Day

    Pour parfaire l'éducation de son fils Mikédi, le chef de guerre Nakamura Ito le confie à un rônin du nom de Miyamoto Musashi. Un samouraï de légende, le plus grand maître de sabre qu'ait connu l'Empire des quatre Poissons-Chats. Ensemble, pendant six longues années, le maître et l'apprenti vont arpenter la route qui mène jusqu'à la capitale Edo, où l'Impératrice-Dragon attend Mikédi pour en faire son époux.
    Mais la Voie du Sabre est loin de trancher l'archipel en ligne droite : de la forteresse Nakamura aux cités flottantes de Kido, du Palais des Saveurs à la Pagode des Plaisirs, Mikédi apprendra les délices de la jouissance, les souffrances du combat et la douceur perverse de la trahison.

  • Lumière Noire a dit : « J'ai mes croisés, mes anges, et maintenant ma papesse... » Une île du Pacifique à la fois tombeau de Magellan et unique territoire d'un arbre à papillons endémique...
    Un homme au visage arraché par un tigre mais qui continue de protéger « la plus belle créature sur Terre », coûte que coûte...
    Un Sioux oglala sur le chemin du terrorisme écologique...
    Un trio de jeunes Japonais qui gagne sa vie en pillant la zone d'exclusion totale de Fukushima...
    Des Aborigènes désoeuvrés cherchant dans la réalité virtuelle un songe aussi puissant que le Temps du Rêve de leur mythologie...
    Une Terre future, post-Singularité, inlassablement survolée par les drones de Dieu...

    Thomas Day explore ici le rapport de l'homme à la nature à travers six plongées dans les marges du monde, de l'Asie à l'Amérique en passant par l'Australie. Sept secondes pour devenir un aigle est le troisième de ses recueils à paraître aux éditions du Bélial'.

    Mariposa (inédit) Sept secondes pour devenir un aigle Ethologie du tigre Shikata ga nai (inédit) Tjukurpa (inédit) "Lumière Noire" (version longue)

  • Saint-Malo, 1922. Sous la brume de guerre qui recouvre l'Europe depuis la fin de la Grande Guerre, Judicaël, seize ans, tente de gagner sa vie en vendant des illustrés. Mais, pour survivre et subvenir aux besoins de son grand-père, il lui arrive de franchir légèrement les bornes de la légalité. Jusqu'au jour où il rencontre la belle Mädchen. Et lorsque celle-ci disparaîtra, Judicaël fera tout pour la retrouver, en espérant qu'elle n'ait pas croisé la route d'un énigmatique tueur d'enfants surnommé le Rémouleur.

    Thomas Day livre avec Du sel sous les paupières une fresque mêlant uchronie, steampunk et fantasy mythologique. Une bouleversante histoire d'amour et d'amitié, un conte de fées qui nous entraîne des remparts de Saint-Malo à la mythique forêt de Killarney, en passant par Cork et Guernesey.

  • Le trône d'ébène

    Thomas Day

    « Nous, Zoulous ! avons une prophétie. Cette prophétie dit qu'un jour un enfant aux grands pouvoirs naîtra et qu'avec lui s'ouvrira une ère durant laquelle "amazoulou" signifiera terreur et mort pour tous les peuples du pays n'guni et des pays voisins, jusqu'à la mer, au sud, à l'ouest et à l'est, jusqu'aux Montagnes-De-La-Lune, au nord. Nous, Zoulous ! avons une prophétie... » Récit d'initiation épique, roman de fantasy mâtiné de faits historiques, Le Trône d'ébène relate la stupéfiante ascension du fondateur de la nation zouloue, le destin d'un homme qui, au tournant du XIXe siècle, et en l'espace d'une poignée d'années, bâtira un empire si puissant qu'il en inquiétera jusqu'à la Couronne d'Angleterre. Voici l'histoire de Chaka, de ses rêves, de ses conquêtes, de sa folie, l'histoire d'une Afrique où mythe et réalité mêlés sont le coeur même de la vie.

  • En refusant de faire don à l'Empereur de sa concubine, la sublime Shirôzaemon Reiko, le seigneur Ichimonji Daigoro a signé l'arrêt de mort de son clan. Unique survivant de la terrible bataille qui a vu son nom définitivement rayé de la surface de Kyûshû,

  • Nagasaki Oni et Hiroshima Oni, deux chefs de clans yakuzas, deux démons que tout oppose comme les deux faces d'une même pièce, se livrent une lutte fratricide depuis leur naissance en août 1945. Tous les moyens sont bons pour arriver à leurs fins : que ce soit l'Oni No Shi, l'épée mythique, tueuse de démons, les armes automatiques les plus perfectionnées ou la belle Sadako, femme-panthère devenue maîtresse dans l'art de tuer.
    Deux conceptions du monde s'affrontent et ce combat ne pourra se résoudre que dans la violence et dans le sang.
    Roman où la lave des sentiments et la mythologie asiatique aiguisent une intrigue implacable, La maison aux fenêtres de papier rend un brillant hommage aux grands films de yakuzas et au cinéma excessif de Quentin Tarantino.

  • Daemone

    Thomas Day

    David Rosenberg est le « Golem de New Edo », le Dæmone Eraser, le démon revenu d´entre les morts qui efface ses victimes. Il est le Gladiateur le plus célèbre de l´Aire Humaine, une star sans équivalent dans l´histoire du Jeu, un combattant déjà mort n´ayant plus rien à perdre depuis qu´il sait sa femme plongée dans un coma dont elle ne reviendra pas. à moins qu´il ne tue à cinq reprises... « Pas d´innocent, pas d´enfant. Et tu retrouveras ta femme. Vivante. » Tel est le marché, le contrat faustien que lui propose l´Alèphe, un Guerrier du temps, l´une des plus mystérieuses créatures des Sept Berceaux, un géant insectoïde aux motivations impénétrables...

  • "Ai-je une âme, Père ?" Telle est la question que Melchior Hauser, le célèbre automate joueur d'échecs, veut poser à son créateur, Viktor Hauser. De la cour de Russie au quartier juif de Nuremberg, des brumes londoniennes aux chaleurs de l'Afrique, il part à la recherche de ses origines, mais sa quête pourrait bien lui réserver des surprises...

    Sur fond de campagnes napoléoniennes, un voyage initiatique à la croisée des genres pour entrer dans l'univers de Thomas Day.

  • Thomas Daezzler est un agent de la « République invisible », une organisation secrète pluri-séculaire qui se pose en pacificateur du monde. Arrivé en Thaïlande après avoir fui la France et son propre passé, il ne tarde pas à trouver un emploi. Il fait son trou, se forge de nouvelles raisons de vivre et semble sauvé de ses démons. Jusqu'à ce qu'un agent local de la « République invisible » le contacte pour lui confier la plus étrange des missions : une quête qui le conduira au coeur de la jungle laotienne, sur les traces de la Shadow Company, jusqu'à la Cité des Crânes...

  • Stairways to hell

    Thomas Day

    Ils sont trois, ils se prénomment Thomas. Déchus du Royaume, ils recherchent l'Amour. Le premier est en prison pour un crime raciste qu'il a bel et bien commis. À sa sortie, il fait la connaissance d'une amérindienne qui va lui montrer sa véritable nature. Car cet homme est aussi un loup, qui déambule dans les carcasses automobiles d'Extermination Highway. Le deuxième est médecin urgentiste à Paris. Alors que la crise conjugale guette, il découvre le petit monde interlope des catacombes et de des carrières. Là, il rencontre Maneki Neko, actrice porno et sorcière, grande spécialiste de la transgression. Le dernier est écrivain, du moins c'est ce que croit son entourage. En réalité, il s'agit d'un imposteur hanté par le fantôme de celle à qui il a tout volé, une certaine Eddie qui s'apprête à le guider jusqu'aux escaliers qui descendent vers l'enfer.



    Thomas Day a trente et un ans. Né et vivant à Paris, on lui doit une bonne demi-douzaine de romans, dont L'Instinct de l'équarrisseur où il transforme Sherlock Holmes en psychopathe, et La Voie du sabre où l'on suit l'odyssée du rônin Miyamoto Musashi et de son élève dans un Japon qui ne fut jamais. Son dernier ouvrage L'École des assassins (écrit en collaboration avec Ugo Bellagamba) est une brillante tentative de manga littéraire. Étrangers à toute concession, ultra-violents, pornographiques, les trois longs récits de Stairways to Hell sont à l'oeuvre naissante de Thomas Day ce que Les Livres de sang sont à celle de Clive Barker - un summum de brutalité.

  • Ils sont six.

    Paul of Perth, duc du Dragonshire, combattant le cercle de ténèbres qui broie la réalité et étrangle jusqu'à l'idée même du bien...

    Dernier Frêne, l'homme-arbre qui parcourt un monde à l'heure du loup et porte en sa sève l'espoir d'une renaissance...

    Darrell Jhune, qui a vu l'apocalypse dans les « douze dragons renversés » et doit réparer l'Erreur...

    Ozzie, mutante et tueuse impitoyable, qui doit apprivoiser la mécanique des profondeurs pour enfin trouver sa place dans un univers au bord du gouffre...

    Ismaël Kashoggi, missionnaire onusien chargé de recenser les tribus nomades de Mongolie pour la puissance extraterrestre Archonte et veut empêcher un génocide programmé...

    Loki, le démon aux yeux de lumière, qui a provoqué le Ragnarok en libérant le monde de dieux moribonds, pâles reflets d'eux-mêmes...

    Ils sont six, six pour six fins du monde.

  • Le clapotis de l'eau me réveille.
    Cette nuit encore, j'ai rêvé de mon père : j'étais une de ses victimes - consentante, comme d'habitude. Ma couche tangue presque à verser alors que j'étire ma carcasse trop souple. Une légère odeur d'algues et de vase assaille mes narines, irrite mes ouïes. Sans même avoir besoin d'ouvrir les yeux, je sais que j'ai trop dormi, que la marée haute remonte peu à peu mon hamac de kevlar vers la cuisine. Je fais craquer ma nuque dans l'obscurité. Des larmes brisent les fleurs de sel qui collaient mes paupières. Ma langue sépare mes lèvres, glisse sur mes dents tranchantes. Je me sens desséchée, jusqu'à la douleur. J'ai dormi trop longtemps, d'un sommeil presque chtonien qui ne me réussit guère. Je déséquilibre mon hamac au point de me livrer aux flots, doucement, sans éclaboussures. Les vaguelettes me caressent, me réhydratent. Après quelques mouvements de nage, je saisis les premiers barreaux de l'échelle - particulièrement glissants à cause des algues. Je progresse péniblement jusqu'à la cuisine. M'man dort toujours ; le sas de sa chambre close nous sépare. Hier au soir, elle écoutait encore la télé quand je suis descendue me coucher.
    Ma présence dans la cuisine déclenche la domotique. Une douce lumière jaillit des bouquets de fibre optique qui parasitent les murs. Au fond de la pièce, une phrase clignote sur mon portable : Le cynisme est la plus élégante des formes d'agression. Quelques mots que je connais par coeur, qui me lient à mon coéquipier.
    Je libère le message de Piør d'une simple caresse sur l'écran. Pendant que ma bécane télécharge l'ordre de mission de la journée - un rendez-vous, au sec, à 9 h 00, sur Kinkerstraat dans Oud West - , j'attrape des Demoiselles du Mékong dans l'aquarium, prépare une poêle. L'épuisette jette les animaux agités dans le beurre brûlant. Le crépitement des pattes et des antennes de ces gigantesques crevettes à l'agonie s'accompagne d'une bonne odeur de beurre chaud, de poivre et de marée.

  • A l'heure du loup

    Thomas Day

    Venu du nord-ouest, Dernier Frêne a longtemps marché pour arriver en vue du col de Saigneterre. Soixante jours durant, il a contemplé les vestiges de l'Ancien Monde : ponts effondrés, immeubles décapités, champs en friche, usines et centres commerciaux éventrés et lourds de silence. Que de villes. dont il ne reste que quelques murs, quelques rues - des flaques de goudron jonchées de restes automobiles, circonscrites ou percées par des touffes d'herbe et de jeunes arbres en bouquets.
    Au cours de ce voyage en solitaire dont il ne reviendra pas, plongé des heures durant dans les flots de la mémoire et du ressassement, Dernier Frêne a souvent évoqué les mots prononcés par Orme Vénérable lors de l'Assembée, la veille de son départ :
    « Tu es une créature du Nouveau Monde et le règne de l'Homme a pris fin. Seule la fanaison nous obligera à t'oublier, mon fils. D'ici là, tous nos voeux de réussite t'accompagnent. » Et voilà que le périple touche à sa fin. Plus qu'un col à passer et il sera arrivé dans le pays tiède où il a décidé de planter ses racines. Une belle mort : des décennies d'agonie, un ou deux siècles peut être, durant lesquels l'esprit ira s'amenuisant et le tronc grandissant.
    L'homme-arbre retire son grand chapeau de paille et l'utilise pour s'éventer. Derrière lui et légèrement sur sa gauche, chauffant ses épaules noueuses, le crépuscule commence à rougeoyer : ivresse floue d'un soleil bien décidé à rejoindre les profondeurs de la terre, non sans avoir, au préalable, ébroué ses lumières - orange et incarnat - sur le ventre des nuages.

  • Retrouvez dans ce dossier les premiers chapitres de 15 titres Folio incontournables pour vos lectures d'été : Malavita (Tonino Benacquista), La vie très privée de Mr Sim (Jonathan Coe), Du sel sous les paupières (Thomas Day), Incidences (Philippe Djian), Nos séparations (David Foenkinos), Les vieilles (Pascale Gautier), Mygale (Thierry Jonquet), Les gens (Philippe Labro), L'honorable société (Manotti/DOA), Un coeur si blanc (Javier Marias), Les yeux des morts (Elsa Marpeau), Du domaine des murmures (Carole Martinez), Le léopard (Jo Nesbo), Le Liseur (Bernhard Schlink) et Dans les forêts de Sibérie (Sylvain Tesson).

    Vous pouvez accéder directement à chaque extrait par la table des matières de ce dossier ou lire les extraits à la suite. Retrouvez aussi photographie et biographie des auteurs. Tous ces livres numériques sont en vente chez votre libraire.

  • L'erreur

    Thomas Day

    Zoom avant sur les os du poignet que notre héros attaque à la scie à métaux, après avoir vaincu la peau au couteau. On met en route la bande-son : Joy Division, puis Nine Inch Nails, Johnny Thunders, The Gun Club, David Bowie période berlinoise. Les potentiomètres restent sans cesse dans le rouge - de ce côté-là, ça va. Fondu enchaîné. Le sang ne donne pas assez, paraît trop terne, la couleur hémoglobine doit être encore plus saturée. Des petits réglages colorimétriques s´imposent, c´est le prix du réel. Par contre, une bonne nouvelle, malgré la lumière naturelle, la morte semble tout ce qu´il y a de plus décédée. Gros plan sur les gouttes de sueur au niveau des avant-bras. Fondu enchaîné sur le sourire du héros, que les ombres dévorent... Fondu enchaîné : retour sur les poils des avant-bras - qui se hérissent. Dans un éclair, un mouvement de caméra d´une simplicité redoutable, on aperçoit un bout de table métallique, les instruments de chirurgie, les crocs de boucher... Frisson garanti... fin du pré-générique

  • Un vent glacial venu du nord s'engouffrait et sifflait dans la chambre 27 du Tamd'huin Hotel, jouant avec les trois billets de dix livres coincés à mi-longueur dans le tiroir de la table de nuit. Ce blizzard surnaturel n'incommodait en rien Loki : depuis l'Âge des Ombres, l'air froid avait tendance à tiédir au contact de sa peau.
    Après s'être collé une sucette goût fraise dans la bouche, laissant l'emballage virevolter dans l'espace grand ouvert de la chambre, le démon dépoussiéra grossièrement ses cuirs avec le dos de la main ­- pantalon et veste qu'il enfila dans la foulée sans passer de sous-vêtement. Une fois sa virilité remise en place - difficile de ranger autant de viande chaude et de magma dans si peu d'espace - , il s'assit sur le lit pour enfiler ses chaussettes Courtney Love. Ne pouvant s'empêcher de sourire - ligne fine et aiguisée des lèvres jointes - il évoqua l'ex-chanteuse de Hole et accessoirement ex-femme de Kurt Cobain désormais trop vieille et trop laide (excès d'alcool, excès de tabac et excès de drogues ; une conflagration d'abus et d'outrances qu'une pratique pourtant assidue de la baise n'avait pu contrebalancer). Après avoir changé sa sucette de côté, Loki se glissa dans ses bottes Harley-Davidson, grognant sous l'effort, puis il se tourna vers la pute qui n'avait pas bougé du lit, ne pipant mot depuis plusieurs minutes, se contentant de produire des bruits de gorge profonde. Toujours en état de choc, la prénommée Cindi (avec deux i) avait remonté les draps à la propreté douteuse et la couverture mitée sur ses seins pareils à des poires blettes. Bien qu'emmitouflée jusqu'au nez, la fille aux yeux pochés par le gin de mauvaise qualité continuait de trembler et de pleurer. Maculant le froncement quasi simiesque de ses traits fatigués et mobilisés par d'incessants reniflements, son maquillage avait coulé en larges traînées noires et pourpres. Partiellement accrochée à l'oreiller crasseux, telle une méduse posée sur son cercueil de sable mazouté, sa perruque blonde la couronnait de travers, laissant apparaître pour partie ses cheveux noirs crépus saccagés par un apprenti coiffeur.

  • Je me réveillai avec, comme seuls draps, l'odeur des chevaux. Une érection triomphante tendait la toile de mon boxer, brisait ma silhouette. J'avais la bouche pâteuse et un léger mal de crâne pressait mes tempes. J'avais abusé une fois de plus de l'arkhi - la gnole locale - et je ne me souvenais même plus dans quelles circonstances. Sans doute avions-nous discuté une bonne partie de la nuit avec Peretti et les autres journalistes. Chacun de nous connaissait des pays dont les autres ignoraient jusqu'à l'existence. Le soir, depuis quelques jours, nous avions pris l'habitude d'échanger des cartes postales éphémères, parfois imaginaires, à défaut d'autres sujets de conversation fédérateurs.
    Le soleil devait être levé depuis un bon bout de temps puisqu'il chauffait la yourte et m'avait obligé, alors que je dormais encore, à me débarrasser de ma couverture.
    À huit cents mètres d'altitude, dans ces steppes presque désertiques, les nuits estivales sont fraîches, voire glaciales, et l'on crève de chaud dès dix heures du matin.
    Sur la couche à côté de la mienne, mon interprète, Cinderella Najramandal - tu parles d'un prénom asiatique - me présentait la rotondité exquise de ses fesses, la courbe de son dos, l'abondance de sa chevelure noire. Comme moi, elle s'était débarrassée de sa couverture. Je ne pouvais m'empêcher de la regarder : elle dormait entièrement nue et ne ronflait pas. Il y avait quelque chose en elle qui me faisait penser à la naissance du monde.
    C'est elle qui, le jour de mon arrivée, était venue me chercher à Oulan-Bator avec l'hélico de l'O.N.U. J'ignorais comment elle avait été embarquée dans cette galère. Somme toute, je savais assez peu de choses sur son compte : elle était célibataire, de nationalité chinoise, en mission longue pour l'O.N.U. Elle possédait une licence de pilote d'hélicoptère, et la totale en matière de brevets de secourisme.

  • Une forêt de cendres

    Thomas Day

    Chère mère, En ce vingt-deuxième jour de mai, ma vie semble prendre une tournure inattendue.
    Je suis toujours à l'orée des terres impies, là où, par temps clair, les ténèbres du Cercle rongent l'horizon. Je sais que vous ignorez tout de ce spectacle. Rien ne le dépasse, ni en beauté ni en puissance. Posées sur l'horizon vaincu, les ténèbres forment un mur de nuages fuligineux, instables, qui se dresse jusqu'aux cieux, dévorant le soleil pendant la majeure partie du jour.
    Contrairement à ce qui est écrit dans ma précédente lettre, demain je ne traverserai pas la banquise pour l'île de Skye, où une rébellion mérite amplement ma fureur dévastatrice. Mon voyage vers le pays du Mal s'est arrêté au château d'Eilean Donan, ruines moites et glacées où se terrent les descendants dégénérés du clan MacRae. Cette place forte qui longtemps fut un des principaux attracteurs touristiques de nos belles terres du Dragonshire a perdu sa splendeur passée. Sa silhouette ancestrale coiffe toujours un îlot rocheux, en face du village de Dornie, mais le vieux pont en arches qui reliait Eilean Donan à la route du comté a été éventré par une boursouflure, une progression imprévisible et momentanée du Cercle.
    Skye était à ma portée, mais un de mes lieutenants fera régner la terreur à ma place. Il traquera et massacrera les insurgés qui se cachent dans les Black Cuillins, terrés au pied des pics tordus, dans les ravins, les brumes du Loch Coruisk et les tourbières. Tous m'assurent que ce paysage est d'une beauté à couper le souffle ; je regrette vraiment de ne pas m'y rendre. Vous savez comme j'aime les reliefs de ma contrée, la route qui va d'Inverness à Ullapool, le village de Pitlochry, posé au coeur des Highlands comme un oeuf dans un nid définitivement hors de toute mesure.

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